Le gérant d’un hôtel de Neuilly-sur-Marne nous a appelés le mois dernier, un peu inquiet. Il avait lu quelque part que ses extincteurs seraient hors la loi en octobre 2026 et qu’il fallait tout remplacer en urgence. Nous avons regardé son parc ensemble, quinze appareils, et la réponse a tenu en deux minutes.
Il n’a rien à faire dans l’urgence. Le texte européen existe bien, il concerne bien les extincteurs, mais la date de 2026 ne s’adresse pas à lui. Elle s’adresse aux fabricants et aux distributeurs. Lui a jusqu’à la fin 2030, et le remplacement se fera naturellement au fil des visites de maintenance.
Cet article remet le calendrier à l’endroit, parce qu’une bonne partie de ce qui circule sur le sujet est inexact, y compris chez des professionnels.
Les PFAS, de quoi parle-t-on
Les PFAS forment une grande famille de produits chimiques fabriqués par l’homme, construits autour de liaisons entre du carbone et du fluor. Ces liaisons comptent parmi les plus solides de la chimie. C’est ce qui les rend utiles, et c’est aussi ce qui pose problème.
Vous en croisez tous les jours sans le savoir. C’est ce qui empêche une poêle d’attacher, ce qui fait glisser l’eau sur une veste de pluie, ce qui protège du gras l’emballage d’un sandwich. Dans la lutte contre l’incendie, on s’en sert depuis les années soixante pour une raison précise, expliquée juste après.
L’inconvénient tient à la solidité même de ces liaisons : elles ne se cassent presque jamais toutes seules. Une fois dans un sol ou dans une nappe d’eau, un PFAS y reste des décennies. De là vient leur surnom de polluants éternels. Plusieurs d’entre eux sont par ailleurs suspectés d’effets sur la santé, ce qui a conduit l’Europe à organiser leur retrait, secteur par secteur.
Agent filmogène : dans un extincteur ou une lance, certains additifs déposent sur la surface d’un liquide en feu une pellicule très fine, une sorte de couvercle liquide. Cette pellicule prive le feu d’air et empêche les vapeurs de remonter. C’est cette propriété que le fluor apportait, et c’est elle que l’on cherche aujourd’hui à obtenir autrement.
Le texte qui s’applique vraiment
Un seul texte compte pour les extincteurs, et il est européen : le règlement (UE) 2025/1988 de la Commission du 2 octobre 2025. Il a paru au Journal officiel de l’Union européenne le 3 octobre 2025 et il est entré en vigueur le 23 octobre 2025.
Ce règlement ajoute une entrée numéro 82 à l’annexe XVII du règlement REACH, le grand texte européen qui encadre les produits chimiques. Son objet est indiqué dans son titre : les substances per et polyfluoroalkylées dans les mousses anti-incendie.
Il retient un seuil unique, 1 milligramme par litre, calculé sur la somme de tous les PFAS présents. Au-delà de ce seuil, une mousse anti-incendie entre dans le champ des interdictions.
Le détail que presque tout le monde a manqué
Cinq jours après la publication du règlement, l’Union européenne a publié un rectificatif, au Journal officiel du 8 octobre 2025. Il corrige une phrase du texte, et cette correction change entièrement la lecture du calendrier.
Dans la version initiale, la date du 23 octobre 2026 paraissait s’appliquer largement. Le rectificatif précise qu’elle ne vise que les mousses utilisées dans les extincteurs portatifs. L’échéance générale, elle, se situe quatre ans plus tard.
Beaucoup d’articles publiés en ligne s’appuient encore sur la version non corrigée. C’est la raison pour laquelle on lit un peu partout que tout serait interdit fin 2026. C’est inexact, et cela inquiète des exploitants sans motif.
Vos extincteurs sont-ils concernés
Oui, les extincteurs portatifs entrent bien dans le champ du règlement. Le texte les nomme et les définit lui-même, en renvoyant à la norme NF EN 3-7, celle de tous les extincteurs portatifs du commerce.
La définition officielle vise l’extincteur conçu pour être porté et actionné à la main, d’un poids en état de marche ne dépassant pas vingt kilogrammes. Elle couvre également les extincteurs mobiles jusqu’à cent cinquante litres et les générateurs d’aérosol à fonction extinctrice.
La réponse parfois entendue selon laquelle seuls les pompiers et les sites industriels seraient visés est donc inexacte. L’Europe a écrit noir sur blanc, dans les considérants de son règlement, que les extincteurs portatifs contenant des PFAS ont vocation à être progressivement remplacés dans leur ensemble.
En revanche, tous les extincteurs ne contiennent pas de PFAS
C’est le point où il faut être précis, car la confusion est fréquente. Un extincteur à eau avec additif n’est pas automatiquement un extincteur fluoré.
Le sigle AFFF désigne un agent qui forme un film flottant, et cette propriété repose sur des tensioactifs fluorés. Or de nombreux extincteurs français à eau avec additif utilisent un agent mouillant qui n’est ni filmogène ni fluoré. Les deux se ressemblent sur l’étiquette et n’ont rien à voir dans la composition.
La seule façon fiable de savoir consiste à demander la fiche de données de sécurité de l’agent extincteur, ou une déclaration écrite du fabricant. Aucun professionnel sérieux ne peut affirmer au téléphone, sans avoir vu vos appareils, que votre parc est concerné. Chez CIRCOFEU, cette vérification se fait appareil par appareil lors de la visite annuelle, et elle est consignée.
Vous ne savez pas ce que contiennent vos extincteurs
Nous établissons l’inventaire de votre parc et identifions les appareils réellement concernés, en Île-de-France et dans l’Oise.
Les deux seules dates à retenir
Pour un exploitant qui possède des extincteurs portatifs, tout tient en deux dates. Une date d’achat, et une date d’usage.
-
23 octobre 2026
Fin de la mise sur le marché des extincteurs portatifs contenant des PFAS. Cette date concerne les fabricants et les distributeurs. Pour vous, elle signifie simplement que tout appareil neuf acheté ensuite sera sans fluor. -
23 avril 2027
Même échéance, décalée de six mois, pour les extincteurs à mousse résistante aux alcools, employés notamment là où sont stockés des solvants. -
31 décembre 2030
Fin de l’utilisation des extincteurs portatifs contenant des PFAS. C’est la seule date qui vous engage réellement. Au-delà, un appareil fluoré ne peut plus rester en service.
Entre les deux, vous disposez de plus de quatre ans. Un extincteur se renouvelle de toute façon, et la révision décennale impose déjà une intervention lourde tous les dix ans. Dans la très grande majorité des cas, le passage au sans fluor se fera donc sans bouleverser votre budget, simplement en remplaçant par du matériel conforme au moment prévu.
Ce que vous n’avez pas à faire
Autant les obligations sont réelles pour les grands sites industriels, autant elles restent légères pour un exploitant qui ne détient que des extincteurs. Voici ce qui est exact et ce qui ne l’est pas.
Exact
- Les extincteurs portatifs fluorés ne pourront plus être utilisés après le 31 décembre 2030.
- On ne pourra plus en acheter de neufs après le 23 octobre 2026.
- Le remplacement se planifie. Mieux vaut l’étaler que le concentrer en fin de période.
- L’appareil retiré doit rejoindre une filière de traitement adaptée.
Inexact
- Il faudrait déposer ses extincteurs avant fin 2026.
- Il faudrait apposer une étiquette PFAS sur ses appareils. Le règlement en dispense expressément les extincteurs portatifs.
- Il faudrait rédiger un plan de gestion des mousses. Cette obligation ne vise pas les détenteurs d’extincteurs portatifs.
- Une loi française interdirait les extincteurs fluorés.
Mise au point sur la loi française
La loi du 27 février 2025 sur les PFAS a été très commentée, et beaucoup l’associent à la sécurité incendie. Elle ne s’en occupe pas. Elle vise les produits cosmétiques, le fart de ski, les textiles d’habillement et les chaussures, ainsi que la surveillance des PFAS dans l’eau potable et la réduction des rejets industriels dans l’eau.
Son décret d’application du 28 décembre 2025 confirme ce périmètre. Ni la loi ni le décret ne comportent la moindre disposition sur les mousses anti-incendie ou sur les extincteurs. Sur ce sujet, la règle est exclusivement européenne.
Si vous avez aussi des installations fixes
Le régime change dès que l’on sort des extincteurs portatifs. Réserves d’émulseur, systèmes à mousse, groupes mobiles : les obligations deviennent substantielles et commencent plus tôt.
| Ce que vous détenez | Fin d’achat | Fin d’usage | Obligations en cours de route |
|---|---|---|---|
| Extincteurs portatifs | 23 octobre 2026 | 31 décembre 2030 | Ni étiquetage, ni plan de gestion |
| Systèmes fixes, réserves d’émulseur | 23 octobre 2030 | 23 octobre 2030 | À partir du 23 octobre 2026 : usage réservé aux feux de liquides, réduction des émissions, collecte séparée, plan de gestion du site réexaminé chaque année et conservé quinze ans, étiquetage des mousses et des stocks |
| Établissements classés Seveso, plateformes en mer | 23 octobre 2035 | 23 octobre 2035 | Mêmes obligations intermédiaires, sur une période plus longue |
| Formation et exercices d’extinction | sans objet | 23 avril 2027 | Sauf essais de fonctionnement dont les rejets sont intégralement récupérés |
Si vous exploitez un site doté d’une installation à mousse, le sujet mérite d’être ouvert dès maintenant avec votre assureur et votre mainteneur. Le passage à un produit sans fluor ne se limite pas à changer de bidon : il suppose de vérifier la compatibilité des matériels et de nettoyer les circuits.
Et la performance dans tout cela
La norme d’essai des extincteurs, la NF EN 3-7, n’est pas modifiée par ces textes. Un extincteur sans fluor doit réussir exactement les mêmes essais qu’un autre pour afficher le même classement.
Le point est rassurant et souvent mal compris. Quand vous lisez sur un extincteur une mention du type 21A 233B, ces valeurs correspondent à des foyers d’essai normalisés que l’appareil a réellement éteints devant un laboratoire. Un fabricant ne peut pas les revendiquer autrement. La différence entre le marquage NF et le marquage CE mérite d’ailleurs un détour. Elle pèse plus lourd que le fluor sur la confiance à accorder à ces valeurs.
Des extincteurs sans fluor atteignant des classements élevés sur feux de liquides existent déjà et sont certifiés. Nous n’écrirons pas pour autant que le sans fluor équivaut au fluoré en toutes circonstances. La Commission européenne émet elle-même une réserve dans les considérants de son règlement : certains produits de remplacement pourraient se montrer moins performants. La question se pose surtout pour les très grands feux industriels, pas pour un extincteur de couloir.
La lettre A désigne les feux de matériaux solides comme le bois ou le papier, la lettre B les feux de liquides comme l’essence ou les solvants. Le nombre qui précède indique la taille du foyer éteint lors de l’essai. Plus il est élevé, plus l’appareil est capable.
Que devient un extincteur retiré
Un extincteur en fin de vie n’est pas un déchet ordinaire, et cela vaut d’ailleurs indépendamment de la question des PFAS. C’est un récipient sous pression, dont le contenu peut être classé dangereux selon sa composition.
La reprise se fait donc par un prestataire habilité à la gestion des déchets, avec une traçabilité écrite. L’appareil est dépollué, sa pression neutralisée, et son contenu orienté vers un traitement approprié. Pour les mousses contenant des PFAS, le règlement européen exige que leur teneur soit détruite ou transformée de manière irréversible, et il écarte explicitement le traitement biologique des eaux usées.
Concrètement, votre mainteneur reprend les appareils déposés et vous remet les justificatifs. C’est ce que nous faisons systématiquement, et le document se range dans le registre de sécurité avec le reste de l’historique de votre parc.
Le plan d’action raisonnable
Rien n’est urgent, mais quelque chose est à organiser. Étaler vaut mieux que subir.
- Faites établir l’inventaire de votre parc et repérez les appareils réellement fluorés, fiche de données de sécurité à l’appui. Beaucoup d’exploitants découvrent qu’une partie de leur parc n’est pas concernée.
- Notez l’âge de chaque appareil. Ceux qui approchent de leur révision décennale sont les premiers candidats au remplacement, sans dépense supplémentaire.
- Passez au sans fluor à chaque renouvellement, dès aujourd’hui. C’est la manière la plus simple de n’avoir aucun rattrapage à faire.
- Conservez les justificatifs de reprise des appareils déposés.
- Si vous disposez d’une installation fixe à mousse, ouvrez le sujet dès cette année, car les obligations démarrent le 23 octobre 2026.
Pour le reste, la maintenance de vos extincteurs ne change pas. Les vérifications gardent leur rythme habituel et la question du fluor s’y ajoute simplement comme un point de contrôle de plus.
Questions fréquentes
Dois-je remplacer mes extincteurs avant octobre 2026 ?
Non. Le 23 octobre 2026 est la date à laquelle les fabricants et les distributeurs ne pourront plus mettre sur le marché des extincteurs portatifs contenant des PFAS. Pour un exploitant, la date qui compte est le 31 décembre 2030, terme au-delà duquel ces appareils ne peuvent plus être utilisés.
Comment savoir si mes extincteurs contiennent des PFAS ?
En demandant la fiche de données de sécurité de l’agent extincteur ou une déclaration écrite du fabricant. La mention eau avec additif portée sur l’étiquette ne suffit pas à conclure, car beaucoup d’additifs français ne sont pas fluorés. Votre mainteneur peut faire cette vérification lors de la visite annuelle.
Une loi française interdit-elle les extincteurs fluorés ?
Non. La loi du 27 février 2025 sur les PFAS vise les cosmétiques, le fart, les textiles et les chaussures, ainsi que l’eau potable et les rejets industriels. Elle ne comporte aucune disposition sur les mousses anti-incendie ni sur les extincteurs. La règle applicable est le règlement européen 2025/1988.
Dois-je étiqueter mes extincteurs ou rédiger un plan de gestion ?
Non, pas pour des extincteurs portatifs. Le règlement européen les exclut expressément de l’obligation d’étiquetage, et l’obligation de plan de gestion ne vise pas leurs détenteurs. Ces obligations s’appliquent aux exploitants de systèmes fixes et de stocks d’émulseur, à partir du 23 octobre 2026.
Un extincteur sans fluor éteint-il aussi bien ?
Pour être vendu avec un classement donné, un extincteur sans fluor doit réussir les mêmes essais normalisés qu’un extincteur fluoré, la norme NF EN 3-7 n’ayant pas été modifiée. Des appareils sans fluor atteignant des classements élevés sur feux de liquides existent. La Commission européenne relève toutefois une réserve sur certaines situations industrielles, où les substituts pourraient se montrer moins performants.
Puis-je faire recharger un extincteur fluoré après 2030 ?
Non. Au-delà du 31 décembre 2030, l’utilisation d’un extincteur portatif contenant des PFAS au-delà du seuil n’est plus autorisée. Le règlement écarte par ailleurs, pour les extincteurs portatifs, la tolérance accordée aux équipements nettoyés. En pratique, l’appareil se remplace, il ne se reconvertit pas.
Faites le point sur votre parc, sans attendre 2030
CIRCOFEU intervient dans les huit départements d’Île-de-France et dans l’Oise, depuis Neuilly-sur-Marne. Inventaire, identification des appareils concernés et plan de remplacement étalé.
Sources
- Règlement (UE) 2025/1988 de la Commission du 2 octobre 2025 modifiant l’annexe XVII du règlement (CE) n° 1907/2006 en ce qui concerne les substances per et polyfluoroalkylées dans les mousses anti-incendie, Journal officiel de l’Union européenne du 3 octobre 2025, entrée 82.
- Rectificatif au règlement (UE) 2025/1988, Journal officiel de l’Union européenne du 8 octobre 2025, qui restreint l’échéance du 23 octobre 2026 aux mousses utilisées dans les extincteurs portatifs.
- Règlement (UE) 2019/1021 concernant les polluants organiques persistants, pour l’acide perfluorooctanoïque et le sulfonate de perfluorohexane.
- Règlement (UE) 2024/2462 de la Commission du 19 septembre 2024, entrée 79, pour l’acide undécafluorohexanoïque et ses usages en formation et dans les services publics d’incendie.
- Loi n° 2025-188 du 27 février 2025 visant à protéger la population des risques liés aux substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, et décret n° 2025-1376 du 28 décembre 2025.
- Norme NF EN 3-7+A1, extincteurs d’incendie portatifs, caractéristiques, performances et méthodes d’essai.

