Exercice évacuation : mode d’emploi
Vous souvenez-vous des exercices d’alerte à l’école ? La sonnerie retentissait, tout le monde se levait, et on sortait en file indienne jusqu’à la cour. On trouvait ça un peu amusant, peut-être inutile. Pourtant, ces exercices vous ont appris un réflexe essentiel : quand l’alarme sonne, on sort. Pas de panique, pas de question, on suit le chemin balisé.
En entreprise, l’exercice d’évacuation fonctionne sur le même principe. Le Code du travail (article R4227-39) impose de le réaliser tous les 6 mois. Et pour cause : en situation réelle, sans entraînement préalable, la panique s’installe, les gens se perdent, les issues de secours restent inutilisées. L’exercice d’évacuation transforme un réflexe théorique en automatisme salvateur.
Pourquoi l’exercice d’évacuation est-il obligatoire ?
La raison est aussi simple que vitale : sauver des vies. Les statistiques montrent que :
- La majorité des victimes d’incendie succombent à l’inhalation de fumées toxiques, pas aux flammes directement
- Les premières minutes sont décisives : au bout de 3 minutes, un feu peut rendre un couloir infranchissable
- Sans entraînement, les occupants perdent en moyenne 2 à 5 minutes avant de commencer à évacuer (incrédulité, hésitation, tentative d’éteindre le feu)
L’exercice d’évacuation réduit ce délai de réaction. Les personnes entraînées réagissent plus vite, empruntent les bons chemins et ne paniquent pas. C’est la différence entre une évacuation ordonnée de 3 minutes et une évacuation chaotique de 10 minutes — un écart qui peut être fatal.
La fréquence légale : tous les 6 mois
L’article R4227-39 du Code du travail est explicite :
« La consigne de sécurité incendie prévoit des essais et visites périodiques du matériel et des exercices au cours desquels les travailleurs apprennent à reconnaître les caractéristiques du signal sonore d’alarme générale, à se servir des moyens de premier secours et à exécuter les diverses manœuvres nécessaires. Ces exercices et essais périodiques ont lieu au moins tous les six mois. »
Autrement dit : deux exercices par an minimum. Les ERP (Établissements Recevant du Public) sont soumis à la même exigence via le règlement de sécurité. Les établissements d’enseignement, par exemple, doivent organiser leur premier exercice dans le mois suivant la rentrée scolaire.
Comment organiser un exercice d’évacuation réussi
Étape 1 : Désigner les rôles
Un exercice d’évacuation ne s’improvise pas. Trois rôles clés doivent être attribués à l’avance :
- Le responsable de l’exercice : c’est le chef d’orchestre. Il déclenche l’alarme, coordonne les opérations et chronomètre l’évacuation. C’est généralement le responsable sécurité ou le chef d’établissement.
- Les guides-files : présents dans chaque zone, ils guident les occupants vers les sorties. Ce sont les « bergers » de l’évacuation : ils connaissent le chemin et veillent à ce que tout le monde les suive. Comptez au moins un guide-file par étage ou par service.
- Les serre-files : ils passent en dernier. Leur mission est de vérifier que personne n’est resté en arrière (dans les sanitaires, les salles de réunion, les bureaux fermés). Ce sont les « vérificateurs » : ils ferment les portes derrière eux pour signaler que la zone est évacuée.
Ces personnes doivent avoir reçu une formation à la sécurité incendie au préalable. Elles doivent connaître les issues de secours, les emplacements des extincteurs et le fonctionnement de l’alarme.
Étape 2 : Préparer le scénario
Un bon exercice repose sur un scénario réaliste :
- Choisir une heure variée (pas toujours le mardi matin à 10h — essayez un vendredi après-midi, une pause déjeuner, ou le début de journée)
- Définir le lieu fictif du départ de feu (cela détermine quels chemins d’évacuation seront utilisés)
- Envisager de condamner une sortie pour tester les itinéraires alternatifs
- Prévoir si l’exercice est annoncé ou inopiné (alterner les deux d’un semestre à l’autre est idéal)
Étape 3 : Le jour J — déroulement type
- Déclenchement de l’alarme — Le responsable active le signal d’alarme (déclencheur manuel ou commande depuis la centrale SSI)
- Réaction des occupants — Chacun arrête son activité, se lève, laisse ses affaires. Les guides-files prennent la tête des files
- Évacuation par les issues de secours — Les occupants suivent les BAES et les indications des guides-files. On ne prend pas l’ascenseur. On marche, on ne court pas
- Vérification par les serre-files — Les serre-files s’assurent que chaque zone est vide, ferment les portes et rejoignent le point de rassemblement
- Pointage au point de rassemblement — Le responsable vérifie que tout le monde est présent. Chaque chef de service compte ses équipes
- Fin de l’exercice — Le responsable annonce la fin de l’exercice. Tout le monde regagne son poste
Étape 4 : Le point de rassemblement
Le point de rassemblement est un endroit pré-défini, à l’extérieur du bâtiment, suffisamment éloigné pour être hors de danger. Il doit être :
- Clairement identifié (panneau vert avec pictogramme normalisé)
- Connu de tous les occupants
- Suffisamment grand pour accueillir tout le monde
- Accessible sans traverser de zone à risque (pas derrière un local technique, par exemple)
C’est là que se fait le comptage. Si une personne manque à l’appel, les pompiers doivent en être informés immédiatement.
Le compte-rendu : indispensable
Après chaque exercice, rédigez un compte-rendu qui sera classé dans le registre de sécurité. Ce compte-rendu doit mentionner :
- La date et l’heure de l’exercice
- Le scénario (lieu fictif du feu, sortie condamnée, etc.)
- Le temps total d’évacuation
- Le nombre de participants
- Les observations : portes bloquées, BAES éteint, personnel ne connaissant pas la sortie, etc.
- Les actions correctives prévues
Ce document est la preuve que vous respectez la réglementation. Il sera examiné lors des visites de la commission de sécurité ou en cas d’inspection du travail.
Les erreurs les plus courantes (et comment les éviter)
Erreur n°1 : faire toujours le même exercice
Si l’exercice se déroule toujours de la même façon (même jour, même heure, même sortie), les occupants apprennent une routine, pas un réflexe. Variez les scénarios : condamnez une sortie, simulez un feu dans un lieu différent, faites l’exercice sans prévenir.
Erreur n°2 : ne pas impliquer les visiteurs et intérimaires
Les personnes extérieures (livreurs, clients, intérimaires, prestataires) ne connaissent pas vos issues de secours. Lors d’un vrai incendie, ce sont elles qui risquent de se perdre. Informez-les des consignes de sécurité dès leur arrivée.
Erreur n°3 : chronométrer sans analyser
Un temps d’évacuation rapide ne signifie pas un exercice réussi. Si la moitié du personnel a pris l’ascenseur, si les serre-files n’ont pas vérifié les sanitaires, ou si le point de rassemblement est mal identifié, l’exercice a échoué. Analysez qualitativement, pas seulement quantitativement.
Erreur n°4 : oublier les personnes à mobilité réduite
Les personnes en fauteuil roulant, les personnes âgées, les femmes enceintes ou les personnes ayant des difficultés à se déplacer doivent faire l’objet d’une procédure spécifique. Prévoyez des « espaces d’attente sécurisés » (zones refuge) et désignez des accompagnateurs dédiés.
Conseils pour les personnes à mobilité réduite (PMR)
L’évacuation des PMR est un sujet souvent négligé, pourtant essentiel :
- Identifiez à l’avance les personnes concernées dans votre établissement (salariés, visiteurs réguliers)
- Prévoyez des espaces d’attente sécurisés (zones protégées du feu et de la fumée, à chaque étage, proches d’un escalier)
- Désignez des accompagnateurs formés pour assister les PMR
- Si votre bâtiment dispose de chaises d’évacuation, formez le personnel à leur utilisation
- Lors de l’exercice, testez réellement la procédure PMR (si possible avec un volontaire en fauteuil roulant)
Questions fréquentes sur l’exercice d’évacuation
Faut-il prévenir les salariés de la date de l’exercice ?
La réglementation ne l’impose pas. Il est recommandé d’alterner : un exercice annoncé (pour la pédagogie) et un exercice inopiné (pour tester les vrais réflexes). Pour le premier exercice dans un nouvel établissement, commencez par un exercice annoncé, le temps que chacun apprenne le fonctionnement.
Combien de temps doit durer l’évacuation ?
Il n’y a pas de durée réglementaire fixe. L’objectif est que le bâtiment soit entièrement évacué en moins de 5 minutes pour un bâtiment standard. Au-delà, il y a un problème d’organisation ou de signalisation. Chronométrez et cherchez à améliorer le temps d’un exercice à l’autre.
Que risque-t-on si on ne fait pas d’exercice d’évacuation ?
L’absence d’exercice d’évacuation constitue une infraction au Code du travail, passible d’une contravention de 5e classe (1 500 euros par salarié concerné, doublée en cas de récidive). En cas d’accident grave, la responsabilité pénale du chef d’entreprise peut être engagée pour mise en danger de la vie d’autrui.
Un exercice d’évacuation peut-il être réalisé dans le cadre d’une formation incendie ?
Absolument. C’est même la pratique la plus efficace. Une formation incendie complète combine généralement un rappel théorique (manipulation d’extincteur, lecture des plans d’évacuation), un exercice pratique sur feu réel et un exercice d’évacuation grandeur nature. L’exercice est alors intégré au programme de formation.
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